Citoyenneté, engagement, pratiques de la laïcité

, par Cyril Naudin


« Citoyenneté, engagement, pratiques de la laïcité : réponses à des lycéens »
Sous la coordination de Jean-Louis Auduc et Jean-Pierre Rosenczveig
L’Harmattan – 2017


 


Le 9 décembre 2016, le Rectorat de Rennes organisait une rencontre entre des membres de la Réserve citoyenne et des élèves de lycée et de collège. L’objectif : permettre aux jeunes d’interpeler les membres de l’ACREN (Association des Citoyens Réservistes de l’Education Nationale) sur la citoyenneté, l’engagement et la laïcité. De cette heureuse initiative est né un ouvrage, coordonné par Jean-Louis Auduc, professeur d’histoire dont on connait et apprécie les écrits sur le fonctionnement du système éducatif et les valeurs de la République et Jean-Pierre Rosenczveig, ancien président du tribunal pour enfants de Bobigny.


Après un rappel de ce qu’est la Réserve citoyenne et une présentation de l’ACREN, le livre s’organise en trois parties, chacune correspondant à une des tables rondes qui ont eu lieu en décembre 2016 :
- Le(s) sens de l’engagement citoyen aujourd’hui
- Vivre en commun et faire société en France aujourd’hui
- Liberté et laïcité
Au total, c’est à près d’une centaine de questions posées par les jeunes que les auteurs répondent.
Une postface, signée par Gérard Delfau, directeur de la collection « Débats laïques » chez L’Harmattan, conclut provisoirement l’ouvrage en incitant notamment le lecteur à penser l’existence d’un « bloc législatif de laïcité », intégrant en particulier les lois Naquet sur le divorce, Veil sur l’IVG et Taubira sur le mariage des couples de même sexe.
Enfin, en annexes figurent – incontournables - la loi de 1905 et la Charte de la laïcité à l’école ainsi que le texte de Jean-Louis Auduc « Pour un établissement scolaire, espace laïque de savoir et de citoyenneté » et des extraits choisis de circulaires de Jean Zay publiées en 1936 et 1937.


Une première série de questions-réponses concerne l’engagement.
Les auteurs définissent ensuite la laïcité. Elle « s’appuie sur trois piliers :
- La liberté de conscience qui permet à chaque citoyen de choisir sa spiritualité (…) la liberté de culte permet à toutes les religions l’extériorisation, l’association et la poursuite en commun de buts spirituels. La liberté de conscience va de pair avec la liberté d’expression (…)
- L’égalité en droit des convictions, des opinions spirituelles et religieuse prohibe toute discrimination ou contrainte et garantit que l’Etat ne privilégie aucune option (…)
- La neutralité du pouvoir politique (…) Pour que chaque citoyen puisse se reconnaitre dans la République et que chacun puisse vivre ensemble, elle soustrait le pouvoir politique à l’influence dominante de toute option spirituelle ou religieuse »
Pour compléter cette définition, Jean-Louis Auduc et Jean-Pierre Rosenczveig précisent, en les différenciant, les espaces dans lesquels s’applique la laïcité :
- « l’espace privé (…) : l’espace plein et entier de la liberté de conscience, évoqué dès l’article 1er de la loi du 9 décembre 1905 (…)
- L’espace public « partagé » : la rue, les transports, où chacun peut, dans le respect de la loi, afficher ses opinions, ses croyances, mais où sa liberté s’arrête où commence celle des autres. Il n’y a pas d’interdits de signes religieux ou politiques ou commerciaux dans l’espace public partagé (…)
- L’espace des services publics (établissement scolaire, mairie, tribunal…) c’est le lieu du bien commun, de l’intérêt général, qui n’est pas la somme des intérêts particuliers (…) Les programmes scolaires ne sont pas la somme des interventions de différents groupes de pression, mais ce que la Nation, à un moment donné, entend promouvoir auprès des élèves. Ils doivent être à l’abri de toute propagande et prosélytisme religieux, politique ou commercial. C’est ce que garantit la neutralité de l’Etat et l’impartialité de ses fonctionnaires. »


Les questions s’enchainent, sans éviter aucun sujet :
- « Installer une crèche de Noël dans une mairie, n’est-ce pas porter atteinte à la laïcité ? » (question 20)
- « Et un arbre de Noël dans une école ou une mairie ? » (question 21)
- « En quoi le principe de laïcité est-il censé favoriser le bien-vivre ensemble ? » (question 30)
- « Comment peut-on parler de valeurs communes alors que certains responsables adultes ne les respectent pas ? » (question 35)
- « Peut-on nous parler d’égalité et de fraternité quand on a l’impression que l’on ne nous aide pas et qu’on ne nous accepte pas ? » (question 36)
- « Pourquoi ne pas interdire toutes les religions ? » (question 53)
- « Faut-il interdire les écoles catholiques financées par l’Etat ? » (question 54)
- « Mineur, ai-je le droit de choisir ma religion ? » (question 66)
- « Que doit-on penser du burkini et des interdictions prises par des mairies ? » (question 67)
- « Pourquoi imposer la mixité à l’école ? » (question 72)
- « Est-il normal dans le pays de la liberté d’expression d’interdire le spectacle de Dieudonné ? » (question 87)


A chaque question, Jean-Louis Auduc et Jean-Pierre Rosenczveig répondent avec clarté, en s’appuyant sur les textes législatifs en vigueur et la jurisprudence, sans éluder les points de tension actuels, comme par exemple la question du port de signes religieux par des parents accompagnant des sorties scolaires.


Au final donc, cet ouvrage permet au lecteur, qu’il soit personnel d’établissement scolaire ou « simple » citoyen, d’être mieux armé pour s’orienter dans la complexité des débats actuels sur la laïcité.